Capoeira

Roda de capoeira

La capoeira est un art martial afro-brésilien qui réunit le combat, la danse, l’acrobatie, la musique, le rituel et la tradition orale en un seul système culturel vivant. Pratiquée dans un cercle appelé roda, la capoeira se déploie comme un dialogue continu entre deux joueurs plutôt que comme un combat conventionnel. Le mouvement permanent, la ruse stratégique et la conscience mutuelle définissent l’échange, faisant de l’intelligence, de la perception et du timing des éléments aussi importants que la force physique.

Contrairement aux arts martiaux fondés sur des postures rigides ou la confrontation directe, la capoeira privilégie la fluidité, l’adaptabilité et le mouvement continu. À sa base se trouve la ginga, un pas de balancement rythmique qui maintient le corps en mouvement constant, dissimulant l’intention tout en restant prêt à attaquer ou à esquiver. De la ginga naissent coups de pied, balayages, esquives, inversions et acrobaties, reliés en séquences ininterrompues qui brouillent la frontière entre attaque et défense.

Souvent décrite comme un combat déguisé en danse, la capoeira est bien plus complexe qu’un simple camouflage. Elle fonctionne à la fois comme autodéfense, rituel social, expression musicale et mémoire historique. Le savoir en capoeira se transmet par la pratique incarnée plutôt que par l’écrit, permettant à l’histoire, à la philosophie et à l’identité de se transmettre par le mouvement, le rythme et l’expérience partagée.

Origines

L’histoire de la capoeira commence dans le Brésil colonial, directement façonnée par la traite transatlantique et le déplacement forcé de millions d’Africains. À partir du XVIe siècle, le Portugal a transporté des peuples réduits en esclavage principalement depuis l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centre-occidentale pour travailler dans les plantations de canne à sucre, les mines et les centres urbains en expansion. Avec leur travail, ces Africains ont apporté des systèmes élaborés de combat, de mouvement, de musique et de savoirs rituels.

Dans un environnement marqué par la violence, la répression culturelle et la fragmentation délibérée des communautés africaines, les traditions n’ont pas été effacées mais transformées. La capoeira est apparue comme une réponse créative et pratique à l’oppression, combinant des jeux de combat africains avec des stratégies nécessaires à la survie dans le Brésil colonial. Parce que la capoeira s’est transmise oralement et par la pratique corporelle, ses débuts restent l’objet de débats historiques.

Malgré des interprétations divergentes, les chercheurs s’accordent largement sur le fait que la capoeira est un art né au Brésil et profondément enraciné dans des traditions africaines. Elle n’a été ni importée intacte d’Afrique ni créée en isolement au Brésil. Elle s’est plutôt construite par adaptation et résistance, influencée par l’héritage africain, la présence autochtone et les réalités sociales dures de la vie coloniale.

Racines africaines

L’Angola occupe une place centrale dans la mémoire historique, la tradition orale et le langage musical de la capoeira. Une grande part des Africains amenés de force au Brésil provenait d’Afrique centre-occidentale, en particulier de régions correspondant à l’actuelle Angola et au Congo. Les premiers pratiquants désignaient souvent l’art comme jogo de Angola ou brincar de Angola, conservant un lien explicite avec l’ascendance africaine.

Une tradition de combat africaine le plus souvent associée aux origines de la capoeira est l’engolo, pratiqué parmi les peuples Nyaneka-Nkhumbi du sud de l’Angola. L’engolo se caractérise par un jeu circulaire, des coups de pied inversés, des balayages, des esquives et une compétition ritualisée — des éléments qui ressemblent étroitement au vocabulaire technique et esthétique de la capoeira. Des recherches ethnographiques et des documents visuels du milieu du XXe siècle ont renforcé ce lien.

Bien que l’engolo ne soit pas la capoeira elle-même, la recherche contemporaine soutient l’idée que la capoeira a hérité de principes techniques fondamentaux et d’approches philosophiques issus de telles traditions martiales africaines. Ces pratiques ont été remodelées au Brésil, intégrant des influences de multiples cultures africaines, des savoirs autochtones et de la vie urbaine, formant finalement l’art distinct connu aujourd’hui comme la capoeira.

Quilombos

Capoeira et résistance

Tout au long de la période coloniale, les Africains réduits en esclavage au Brésil ont subi des systèmes de travail brutaux, des châtiments corporels et des structures juridiques conçues pour supprimer la résistance. En réponse, les stratégies de survie allaient de la préservation culturelle à la révolte ouverte. La capoeira a fonctionné dans ce contexte à la fois comme méthode de défense physique et comme moyen de préserver l’identité, la dignité et la mémoire collective.

Des personnes esclavisées en fuite ont formé des établissements indépendants appelés quilombos dans des régions isolées et difficiles d’accès. Ces communautés sont devenues des centres de résistance et de continuité culturelle, développant des systèmes de défense collective contre les milices coloniales. Des récits historiques décrivent des combattants de quilombo utilisant des techniques agiles et trompeuses qui frustraient des adversaires mieux armés.

Même si l’on débat encore de la pratique d’une capoeira reconnaissable dans des quilombos tels que Palmares, les conditions de résistance, de guerre et de survie qui caractérisaient la vie des quilombos ont profondément façonné l’accent de la capoeira sur la mobilité, la stratégie et l’adaptabilité.

Urbanisation

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la capoeira s’était diffusée dans les principales villes du Brésil, notamment Rio de Janeiro, Salvador et Recife. Dans ces environnements urbains, des populations noires esclavisées et libres pratiquaient la capoeira dans les rues, sur les quais, dans les marchés et les espaces communautaires. L’art s’est adapté à la ville, intégrant des tactiques d’embuscade, une vigilance collective et une familiarité avec les armes.

À Rio de Janeiro, des groupes organisés appelés maltas sont apparus, développant des identités territoriales, des symboles et des hiérarchies. La capoeira s’est mêlée à la violence politique et aux conflits de rue. Des archives policières de l’époque décrivent des affrontements fréquents impliquant des capoeiristas armés de rasoirs, de couteaux ou de bâtons.

En conséquence, les autorités ont de plus en plus considéré la capoeira comme une menace pour l’ordre public. Les pratiquants étaient arrêtés, fouettés, emprisonnés ou enrôlés de force, renforçant la réputation de la capoeira comme à la fois dangereuse et redoutable.

Fin de l’esclavage et interdiction de la capoeira

Capoeira historique

Après l’abolition de l’esclavage en 1888, les anciens esclaves ont été juridiquement libérés mais socialement abandonnés. Exclusion économique, racisme et marginalisation ont marqué l’ère post-abolition. La capoeira, étroitement associée à l’identité noire et à la résistance, est devenue une cible majeure de la répression.

En 1890, la République brésilienne a interdit la capoeira à l’échelle nationale. La pratique est devenue passible d’emprisonnement, de travaux forcés et de violence. L’art a survécu dans la clandestinité grâce au secret, à des comportements codés et à l’usage d’apelidos pour protéger les pratiquants.

Malgré des décennies de persécution, la capoeira a perduré comme tradition vivante, particulièrement en Bahia, où ses fondations culturelles sont restées fortes.

Systématisation de l’art

Au début du XXe siècle, l’évolution des conditions politiques a permis des efforts de réorganisation de la capoeira. Certains ont cherché à la présenter comme gymnastique ou autodéfense, en minimisant les éléments rituels pour gagner en acceptation.

Un tournant s’est produit dans les années 1930 lorsque Mestre Bimba a développé la Luta Regional Baiana, introduisant un entraînement structuré, la discipline et une pédagogie. Son travail a requalifié la capoeira en pratique respectable et a conduit à sa légalisation.

En réponse, Mestre Pastinha a fondé une école consacrée à la préservation de la capoeira traditionnelle, mettant l’accent sur le rituel, la stratégie et la continuité philosophique africaine. Cette approche est devenue connue sous le nom de Capoeira Angola.

Styles

Aujourd’hui, la capoeira est généralement décrite à travers trois grands styles : Angola, Regional et Contemporânea. La Capoeira Angola met l’accent sur la tradition, le rituel et un dialogue stratégique près du sol.

La Capoeira Regional reflète les réformes de Mestre Bimba, en privilégiant un entraînement structuré, la vitesse et l’efficacité. La Capoeira Contemporânea mélange des éléments des deux approches, en intégrant souvent des acrobaties.

Malgré les différences stylistiques, toutes les formes de capoeira partagent la roda, la musique et une philosophie incarnée qui définissent l’art.

Musique

Instruments de musique de la capoeira

La musique est indissociable de la capoeira et détermine le rythme, le style et l’éthique du jeu. La bateria crée la structure et l’atmosphère de la roda.

Guidée par le berimbau et soutenue par les percussions, la musique de capoeira oriente le mouvement et l’interaction.

Par le chant, la capoeira préserve l’histoire, l’enseignement moral et la mémoire collective.

Structure des chants

Ladainha

La ladainha ouvre la roda par un solo réflexif.

Sa mélodie stable privilégie le sens plutôt que la variation.

Louvação

La louvação introduit des louanges collectives.

Elle prépare les joueurs à commencer le jeu.

Corrido

Les corridos interagissent de manière dynamique avec le jeu.

Ils réagissent aux événements en temps réel.

Quadra

Les quadras ont été introduites par Mestre Bimba.

Elles mettent l’accent sur la clarté et la pédagogie.

Aujourd’hui

À partir du milieu du XXe siècle, la capoeira s’est diffusée dans le monde à mesure que des mestres voyageaient pour enseigner et se produire.

Aujourd’hui, la capoeira est pratiquée dans le monde entier comme art martial, expression culturelle et pratique sociale.

La reconnaissance de l’UNESCO en 2014 a confirmé la capoeira comme Patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Reconnaissance de l’UNESCO

L’UNESCO a reconnu la capoeira comme un système culturel.

L’apprentissage se fait par la participation.

La capoeira reste une archive vivante de la résistance.